PartirTotTrop tôt par rapport à quoi ? --ct
Trop tôt par rapport à l'heure à laquelle la grande majorité des gens partent dans la grande majorité des cas. Le concept est purement culturel. -- ac
Dans ce cas de figure, cela peut être intéressant de tenter d'introduire un autre réflexe issu d'une autre culture : juger les résultats et non les apparences. Je ne quitte ni "trop tôt" ni "trop tard" : je quitte quand le résultat montre que le travail est fait (je peux partir en toute bonne conscience) ou quand ce que je ferais en restant vaut moins que si je partais (il *faudrait* que je parte, mais je reste). --ct
Michael Feathers, sur une mailing list récemment:
I think that many people use hours worked as their own version of "big visible chart" to show how committed they are. In many organizations people use hours (consciously or not) as a way of showing that they are committed enough to be a manager. In others, to show that they are so committed that they shouldn't be laid off. The key thing is to notice is that the behavior is there because it has worked in the past or someone thinks it will work in the future. I have seen cases where people do start to work more sensible hours just because they are confident that their effort is apparent due to tracking. I think it pays to see overwork as a signalling device, albeit a pretty poor one.
Quand on impose au programmeur des délais sortis d'un chapeau, dont la remise en cause, une fois plus d'information sur le problème accumulée, dépasse en gravité celle d'un papicide, quel argument lui reste-il pour se défendre de son retard ? Qu'il a fait son maximum. Cet argument ne tient pas deux secondes si on peut lui rétorquer "tu pars presque toujours avant tes collègues". -- ac
Pourquoi cet hypothétique programmeur devrait-il "se défendre", s'il n'a aucune faute à se reprocher ? Le problème du dépassement des délais est un problème systémique, né de l'incapacité du manager à construire une planification robuste, et à l'ignorance par les programmeurs (dont ce n'est pas le métier) de l'existence d'outils pour cette planification robuste. Par ailleurs, c'est précisément en partant tôt pour aller assurer ma propre formation que je "fais le maximum".
Il faudrait aussi savoir ce que l'employeur souhaite "acheter" avec le contrat de travail. Du temps de cul sur une chaise, ou de l'intensité cérébrale ? Dans le second cas, le temps passé en formation, en grande partie sur des heures de repos, représente une donation nette à l'employeur. Lequel a toujours eu un avantage dans ce contrat, parce que le programmeur compétent ne s'arrête jamais de réfléchir - qu'il soit dans le métro, aux chiottes, dans son lit, le problème en cours lui trotte toujours dans un coin de la tête. -- lb
Tu eus pu le dire moins crûment, mais j'abonde complètement dans le sens de tes propos :-) On peut faire son maximum et sortir à 17 heures. Lorsque le TGV tombe en panne, personne ne reproche au cheminot de n'être pas sorti de sa cabine pour se mettre à pousser le train. C'est une piètre stratégie que de penser qu'une erreur d'estimation se corrigera en heures supplémentaires, voire en heures supplémentaires gratuites. --ct
OK pour l'intensité cérébrale. Le problème est qu'on ne sait pas mesurer l'intensité cérébrale, ni même les résultats de celle-ci. Pour reprendre les termes de Robert Glass dans Facts and Fallacies of Software Engineering, nous voyons un conflit entre du dur (les heures de présence au bureau, objectivement et facilement mesurables) et du mou (intensité cérébrale, résultat en terme de solutions intellectuelle, compétence). Dés que la pression monte, dés qu'il faut défendre des choix ou des décisions, le dur triomphe sur le mou. -- ac
Transforme le mou en dur, par le biais de mesures objectives de la qualité et de la productivité. -- lb
Par ailleurs, c'est précisément en partant tôt pour aller assurer ma propre formation que je "fais le maximum".
En investissant dans ta formation, tu "fais ton maximum" pour dans 6 mois - 1 an. Si ton manager subit des pressions de son propre manager pour livrer dans les délais impartis et qu'il sait qu'il aura "sauté" dans moins de 6 mois si ça continue à ce train-là, ton investissement pour l'avenir ne va pas beaucoup l'intéresser.
Alors que s'il peut démontrer qu'il a poussé "ses gens" au maxi pour compenser le retard, il sauve ses fesses, c'est ça ? -- ct
La pression qui existe aujourd'hui a des causes qui remontent à plus de 6 mois. C'est un problème long terme, pas court terme. Donc, il ne peut pas être résolu par des "solutions" à court terme. C'est précisément dans l'urgence, dans la crise, quand ça va mal, qu'il faut ralentir et s'imposer des actions lentes, réfléchies, délibérées. Si on ne commence pas dès ajourd'hui à résoudre le problème de fond, dans 6 mois on en sera au même point: toujours à se dire "telle solution ne sert à rien, elle ne sera efficace que dans 6 mois". -- lb
Oui, le problème d'aujourd'hui a des cause qui remontent à plus de 6 mois. Le problème est qu'il y a plus de 6 mois, les grands chefs ont demandé au manager de signer de son sang que telle fonctionnalité serait livrée pour telle date. La date arrive et les grands chefs aiguisent leurs haches de bourreaux. Je ne vois pas pas bien où les actions lentes, réfléchies et délibérées nous aident dans cette situation. -- ac
Quel est la pire chose que les grands chefs puissent te faire avec leurs haches de bourreaux ? -- lb
Il faudrait aussi savoir ce que l'employeur souhaite "acheter" avec le contrat de travail. Du temps de cul sur une chaise, ou de l'intensité cérébrale ?
L'employeur achète ce qu'il comprend. Pour une entreprise de culture administrative (ex : établissement financier), il s'agit du temps de cul sur une chaise.
Oh-oh voilà la première loi du mauvais management qui pointe le bout de son nez.
Si c'est du cul-sur-chaise, il suffit de regarder le contrat de travail, et de l'interpréter comme un cadre strict. Ca dit 35h hebdo, on va faire 35h hebdo. Ca dit 39, on part à 17h le vendredi et on prend ses RTT. Et 17h, c'est 17h, même si le projet est à la bourre. -- lb
On peut agir ainsi. Mais un informaticien qui aime son métier n'a pas envie de jouer à cela, il me semble. -- ac
Sauf si, comme moi qui aime mon métier, il s'est fait évincer de son poste parce qu'il a soudain eu envie d'avoir une vie à lui, genre épouser une femme et que son mariage fonctionne. Passer de 44h -- heures sup non rémunérées -- à 38h30 par semaine, ça fait un choc au manager, je te le dis.
Tout dépend du système de valeurs de chacun. J'ai choisi de faire valoir mes droits par rapport au travail pour avoir une vie de famille. -- ll
I have seen cases where people do start to work more sensible hours just because they are confident that their effort is apparent due to tracking.
De quel genre de tracking parle-t-on ? Chez nous, le tracking est le nombre de jalons non respectés. La corrélation avec les efforts me semble contestable. --ac
Le "tracking" est l'activité dévolue, dans une équipe XP, à la personne qu'on appelle le "tracker". Dans les grandes lignes, le tracker mesure la vélocité. Je crois que Michael veut dire quelque chose comme, "une fois qu'on commence à mesurer le travail réellement accompli, et plus les heures passées au bureau, les gens ont moins de difficultés à moduler leurs horaires de façon raisonnable".
Le problème du dépassement des délais est un problème systémique, né de l'incapacité du manager à construire une planification robuste, et à l'ignorance par les programmeurs (dont ce n'est pas le métier) de l'existence d'outils pour cette planification robuste.
Ce sont les seules raisons que tu vois à un problème de dépassement de délais ? J'ai aussi observé les gens qui manque de sérieux (passer des heures devant la machine à café, papoter avec les copines au téléphone, surfer sur Internet, préparer ses vacances...) et les gens qui n'arrivent pas faire leur travail (incompétence). Lorsqu'un délai est dépassé, le manager ne peut-il légitimement se demander si son subordonné n'a pas tiré au flan ou s'il n'est pas incapable d'accomplir la tache qu'on lui a attribuée ?
Dans la situation que tu décris, le manager est aussi dépassé que le délai ;-) --ct Exact. :-)
Pour continuer dans la même veine que plus haut... Un glandeur qui reste tard au bureau sera quand même un glandeur, idem pour un incompétent. Si c'est la glande ou l'incompétence qui sont la cause du problème, "visser des culs sur des chaises" n'est pas la solution. Embaucher des gens motivés et compétents, maintenir leur motivation et leur compétence, oui. -- lb
Oui, des horaires rigides ne compenseront jamais un problème de motivation ou de compétence. Alors voici un autre cas : quelqu'un de motivé et compétent, mais qui se laisse distraire par mille et une choses (les problèmes d'autres équipes, les problèmes de gens incompétents qui lui font faire ce qu'ils sont incapables de faire, des projets open source...). A force de papilloner, le travail qui a été officiellement confié à cette personne avance à un rythme d'escargot. -- ac
C'est une forme d'incompétence. Quand il manque une compétence à quelqu'un qui est par ailleurs un bon équipier, c'est justement vers la formation qu'il faut se tourner - pas vers le flicage.
De façon plus générale, je remarque que tu soulèves beaucoup d'objections différentes à l'idée selon laquelle partir 30 minutes plus tôt une fois par semaine relève du choix personnel d'un ingénieur compétent. Les objections, contrairement au pétrole, sont une ressource inépuisable. Je n'écarte pas définitivement l'idée qu'il soit utile de discuter d'un certain nombre des plus importantes de ces objections, mais à ce stade de la conversation je me demande si cela nous fait avancer. Qu'en penses-tu ? -- lb
Tu as raison. En fait, en relisant tous ces échanges, je n'ai plus d'objection à formuler. Mes objections ne traduisent que mon sentiment d'impuissance devant une culture qui ne comprend pas les ingénieurs. A moi de faire changer les choses petit à petit pour le mieux. Pour qu'un jour, mes collègues et moi puissions PartirTot. -- ac
La notion de temps de travail est en grande partie culturelle. Selon ma propre expérience, faire des extras en France est relativement bien vue (conscience professionnelle), alors qu’en Suède c'est plutôt vue comme un signe d'incompétence (gestion du temps de travail). Je suis d’accord avec le deuxième point. Le temps de travail est plannifié avec ces moments ‘de détentes’ afin de produire des services de qualité ; chaque collaborateur doit effectué un certain nombre de services ; trop de tâches affecté à une personne correspond à une mauvaise gestion des ressources humaines ou de temps (sauf cas particulier bien entendu – accident, etc…). --slz
Je ne pense pas que ca soit spécifique aux ingénieurs.. Ma conjointe est architecte dans le batiment, et dans ce domaine on dépasse largement ce qui peut se faire en informatique au niveau de gestion du temps médiocre.. Les fameuses "charettes" sont monnaie courante, aucun projet n'est livré dans les délais (excepté les projets par des Japonais)..
Pour ma part faire du temps supplémentaire c'est avoir une vision à court terme.. Une activité intellectuelle, implique nécesserairement un repos.. Multiplier les possibilité de résultats dans différent domaines (boulot, famille, associatif, etc..) augmente les chance d'être heureux.. Ce qui rend un employé plus motivé et surtout plus productif.
Je vous invite à lire l'article "Impact of Overtime on Productivity" (www.xprogramming.com/xpmag/jatSustainablePace.htm)
Ainsi que le livre "The Now Habit" par Neil A. Fiore sur la technique du "Unschedule" si vous avez du mal à ne pas travailler trop et que vous ne comprenez pas pourquoi certains travaillent moins et réalisent plus que vous. www.minezone.org/wiki/MVance/NowHabit (résumé)